27 mai 2026

IA et pénurie de DRAM : pourquoi les ventes de smartphones ont reculé de 6% au T1 2026

IA et pénurie de DRAM : pourquoi les ventes de smartphones ont reculé de 6% au T1 2026

L'IA freine les ventes de smartphones malgré l'essor logiciel

Le marché mondial des smartphones a connu une chute inattendue au premier trimestre 2026 : les expéditions ont reculé de 6 %, selon l'étude de Counterpoint Research. Derrière ce chiffre, les experts pointent un phénomène structurel lié à l’essor de l’intelligence artificielle et à la réallocation des composants mémoire vers les centres de données.

Une pénurie de composants au cœur du ralentissement

Les besoins massifs en mémoire des data centers destinés à entraîner et déployer des modèles d'IA ont provoqué une pression sur les stocks de DRAM et de NAND, composants essentiels aux smartphones. IDC et d'autres analystes expliquent que les fabricants de mémoire — Samsung, SK Hynix, Micron — favorisent aujourd’hui des commandes plus rentables pour l'IA, au détriment du marché mobile.

Cette tension se traduit par une hausse des coûts de production : le cabinet Gartner a estimé que les prix de la mémoire pourraient augmenter jusqu'à 130 % en 2026, une donnée qui pèse sur le prix final des appareils et sur la décision des consommateurs à renouveler leurs terminaux.

Le paradoxe : l'IA enrichit le logiciel, mais asphyxie le hardware

Pour Laetitia Lamari, experte et intervenante sur ces sujets, le phénomène illustre une contradiction nette. « L'IA agit comme une arme à double tranchant : elle enrichit l'expérience logicielle, et malheureusement, elle asphyxie le hardware », dit-elle. Selon elle, l'augmentation des dépenses en infrastructures pour l'IA déplace des volumes critiques de composants hors du circuit traditionnel des smartphones.

Adrien Naeem, également intervenant, ajoute un angle utilisateur : « On aura moins besoin d'avoir le dernier cri : tout se fait via l'agent ». Il souligne que les capacités logicielles rendues possibles par l'IA peuvent réduire l'incitation au renouvellement fréquent des appareils, renforçant le ralentissement des ventes.

Impacts industriels et commerciaux

Le marché subit un double effet : d'une part la raréfaction des composants augmente les coûts de fabrication ; d'autre part, l'amélioration logicielle prolonge la durée de vie perçue des téléphones. Les fabricants font face à des arbitrages difficiles : absorber la hausse des coûts, diminuer leurs marges ou répercuter la hausse sur les prix de vente.

Conséquence directe : le segment haut de gamme reste attractif grâce aux fonctionnalités IA embarquées développées par des acteurs comme Apple et Samsung, tandis que la pression sur les modèles d'entrée de gamme s'accentue. L'ensemble de l'électronique grand public (smartphones, consoles, etc.) ressent les effets de cette réallocation de la mémoire.

Perspectives et pistes d'adaptation

Les analystes anticipent que la tendance pourrait perdurer si la demande en infrastructures IA continue de croître sans que l’offre de mémoire ne suive. Pour atténuer les risques, plusieurs pistes émergent : diversification des fournisseurs, augmentation des capacités de production de mémoire, accords d'approvisionnement prioritaires entre fabricants et fournisseurs de composants.

Laetitia Lamari conclut sur la nécessaire adaptation du secteur : « Il faudra repenser la chaîne d'approvisionnement et l'écosystème produit pour ne pas laisser la logique de l'IA cannibaliser l'industrie mobile ». Adrien Naeem rappelle pour sa part que l'évolution des usages joue un rôle tout aussi déterminant : « Si l'agent rend l'appareil moins essentiel, le marché devra s'ajuster ».

En attendant, consommateurs et fabricants observent une période d'ajustement où l'impact économique de l'IA sur le hardware devient tangible, et où les décisions prises en 2026 pourraient redessiner la dynamique du marché pour plusieurs années.