2 novembre 2026

CNIL : 7 millions d'euros d'amende pour Fnac Darty après collecte illégale de l'historique de navigation

CNIL : 7 millions d'euros d'amende pour Fnac Darty après collecte illégale de l'historique de navigation

CNIL : 7 millions d'euros d'amende pour Fnac Darty après collecte illégale de l'historique de navigation

La CNIL a infligé une sanction de 7 millions d'euros à Fnac Darty après avoir constaté que l'application mobile collectait l'historique de navigation des utilisateurs sans leur consentement. L'affaire pose une nouvelle fois la question de la frontière entre recommandation personnalisée et ciblage commercial.

Les faits établis

En 2024, à la suite d'une plainte déposée par l'association Noyb (N-O-Y-B), la CNIL a relevé que l'application mobile de la Fnac recueillait les historiques de navigation des utilisateurs sans consentement. Ces données étaient exploitées pour personnaliser les recommandations de produits et pour entraîner des algorithmes de recommandation.

La sanction prononcée se décompose en deux volets : 6 millions d'euros à la holding et 1 million d'euros à la marque Fnac. L'autorité administrative a également imposé un délai d'un mois pour se mettre en conformité, sous peine d'une astreinte de 10 000 euros par jour.

La défense de Fnac Darty

Fnac Darty conteste la décision et soutient que les pratiques en cause relèvent de la fourniture d'un conseil personnalisé et non d'une publicité ciblée. Cette position souligne la difficulté à tracer juridiquement la limite entre recommandations utiles pour l'utilisateur et ciblage commercial soumis au régime strict du consentement.

Analyse et points de vue des intervenants

Laetitia Lamari, observatrice du dossier, résume la situation et le périmètre du recours : « La CNIL inflige sept millions d'euros d'amende à Fnac Darty. En 2024, la CNIL découvre que l'application mobile… collecte l'historique de navigation… même sans leur consentement. »

Pour Adrien Naeem, la matérialité du ciblage devient plus complexe avec les interfaces conversationnelles : « Quand tu enlèves le bloc, une image où on te demande de cliquer, mais tu le mets dans du conversationnel, c'est encore plus difficile de… savoir exactement est-ce que c'est une reco, est-ce que c'est un… conseil. »

Laetitia insiste sur la finesse de la ligne juridique : « La ligne est très très fine. » Adrien, plus catégorique, souligne la difficulté pratique : « C'est impossible. » Puis Laetitia conclut, presque contradictoire : « Et facilement tranchable. »

Ces réactions illustrent l'ambivalence du secteur : d'un côté, la volonté d'améliorer l'expérience utilisateur via la personnalisation ; de l'autre, le risque juridique lié à la collecte et l'usage de données sans consentement explicite.

Enjeux pour les retailers et pour la réglementation

La décision de la CNIL intervient alors que les enseignes multiplient les initiatives de personnalisation, souvent alimentées par l'intelligence artificielle. La distinction entre recommandations basées sur le contexte et ciblage commercial est désormais au cœur des stratégies de conformité.

Les conséquences pratiques sont multiples : adaptation des applications mobiles, révision des mécanismes de consentement, audit des usages d'algorithmes et, pour certains, une possible remise en cause des pratiques de collecte passive des données de navigation.

Ce que cela change

Pour les acteurs du commerce et du numérique, la décision rappelle que l'exploitation des données utilisateurs exige une attention particulière au cadre légal du RGPD et aux lignes directrices des autorités de protection des données.

La sanction financière et l'astreinte quotidienne rappellent aussi que la mise en conformité doit être rapide et documentée. À l'heure où la personnalisation devient un argument commercial majeur, la prudence réglementaire et la transparence vis-à-vis des utilisateurs restent indispensables.


Article rédigé avec les interventions d'experts : Laetitia Lamari et Adrien Naeem.