5 août 2026
« Googler » décline : la Génération Z privilégie « chercher » sous l'influence de l'IA
« Googler » décline : la Génération Z privilégie « chercher » sous l'influence de l'IA
Un glissement de vocabulaire qui traduit un changement d'usage
Depuis plusieurs années, l'expression « googler » — verbe dérivé de la marque Google — perd du terrain dans le langage courant. Selon un article de Fortune daté du 24 juillet 2026, les plus jeunes préfèrent désormais des formules neutres comme « chercher » ou des expressions liées aux assistants et aux réseaux sociaux.
Pour Laetitia Lamari, ce changement est déjà sensible : « Je l'entends peu, mais apparemment c'est encore utilisé. » Elle souligne que le mot est davantage associé aux générations plus âgées : « Dire 'googler', c'est un signe de millennial ou de boomer. »
Adrien Naeem confirme cette observation en soulignant l'évolution des parcours de recherche : « Les plus jeunes ne vont pas sur Google, mais s'ils doivent chercher quelque chose, ils vont sur TikTok ou Insta. »
Des études qui confirment la tendance
Plusieurs travaux académiques corroborent cette mutation du langage et des pratiques. Une équipe de Stanford dirigée par Carmela Zunino et Michael Bernstein a analysé plus de 100 000 publications Reddit et des millions de mots afin de mesurer l'empreinte des chatbots sur le vocabulaire. Les chercheurs observent l'adoption de tournures et de mots favorisés par l'intelligence artificielle.
D'autres recherches font écho à cette dynamique : des équipes de l'université d'État de Floride ont parcouru 22,1 millions de mots de discours non scénarisés et relevé une hausse marquée des termes associés à l'IA. Par ailleurs, une étude de 2022 a montré que des enfants exposés à des assistants vocaux (Alexa, Siri) adaptaient un style de requête plus directif, influence reprise aujourd'hui par la Gen Z et la Gen Alpha.
Conséquences pour les marques et le droit des marques
Le phénomène n'est pas sans risque pour les marques devenues verbes. Merriam‑Webster et l'Oxford English Dictionary avaient déjà intégré « google » comme verbe en 2006, actant sa diffusion. Mais les avocats spécialistes des marques s'inquiètent d'une possible généricisation (genericide), où un nom commercial devient si courant qu'il perd sa protection juridique — un sort déjà arrivé à des termes comme aspirin ou escalator.
Dans ce contexte, l'émergence des chatbots (ChatGPT, Gemini, etc.), des assistants vocaux et des plateformes visuelles (TikTok, Instagram) favorise un vocabulaire plateforme‑agnostique : dire « cherche » ou « search it up » invite à consulter n'importe quel canal plutôt que d'orienter vers un acteur précis.
Avis des intervenants : usages et attitudes
Laetitia Lamari insiste sur la dimension générationnelle et sociale du mouvement : « Et en fait, ce qu'on apprend, c'est… exactement ça. Par les vieux. » Son propos met en lumière la rupture entre habitudes linguistiques et pratiques numériques.
Adrien Naeem, plus ironique, note la disparition progressive du verbe dans la conversation quotidienne : « On l'utilise plus trop, je trouve. » Il résume aussi le nouveau réflexe : « Ouais, j'ai googlé » tend à être remplacé par des formulations liées aux réseaux ou à l'IA — et s'interroge en plaisantant sur l'avenir du verbe : « Aujourd'hui, quand tu te mets en mode IA, est‑ce que tu dis 'je l'ai googlé' ? Je sais pas. »
Ce que cela signifie pour les acteurs du web
Pour les entreprises et les plateformes, ce basculement impose de repenser l'optimisation de la visibilité : être présent sur un moteur de recherche ne suffit plus. Les jeunes publics consultent d'abord des vidéos courtes, des réponses de chatbots ou des assistants vocaux. Le référencement et la stratégie de marque doivent donc intégrer ces points de contact alternatifs.
Enfin, la transformation lexicale illustre une dynamique plus large : l'IA et les interfaces conversationnelles modèlent non seulement nos outils, mais aussi notre manière de parler et d'ordonner l'information. Le verbe qui perdure sera sans doute celui qui restera le plus neutre et le plus compatible avec des usages multipartenaires.
Article rédigé à partir d'analyses et d'entretiens avec Laetitia Lamari et Adrien Naeem, et d'un dossier publié par Fortune le 24 juillet 2026.