16 septembre 2026

Retail US : Williams‑Sonoma, Abercrombie, Bath & Body Works et Kohl’s relèvent leurs prévisions malgré des dynamiques contrastées

Retail US : Williams‑Sonoma, Abercrombie, Bath & Body Works et Kohl’s relèvent leurs prévisions malgré des dynamiques contrastées

Quatre grands détaillants relèvent leurs prévisions annuelles malgré des trajectoires divergentes

Contexte. Le 26 août 2026, Williams‑Sonoma, Bath & Body Works, Abercrombie & Fitch et Kohl’s ont publié leurs résultats du deuxième trimestre fiscal et ont tous relevé leurs prévisions annuelles, alors même que la dynamique sous‑jacente des ventes varie fortement d’un acteur à l’autre.

Synthèse rapide. Abercrombie enregistre une croissance record et reprend les ventes comparables ; Williams‑Sonoma gagne des parts de marché dans un secteur de l’ameublement jugé stable ; Bath & Body Works retrouve la croissance digitale mais voit ses ventes globales reculer ; Kohl’s affiche un reflux modéré des ventes et un retour du trafic en magasin.


Williams‑Sonoma : accélération des ventes comparables dans un marché plat

Williams‑Sonoma a réalisé 1,96 milliard de dollars de ventes pour le trimestre clos le 2 août, en hausse de 6,7 % sur un an, avec des ventes comparables de marque accélérant à +6,2 % (contre +4,8 % au T1).

La direction a souligné que l’industrie de l’ameublement était « essentiellement plate » sur la période, et que la croissance du groupe provenait surtout de gains de parts de marché. Tous les formats ont contribué : Williams Sonoma (+7,6 %), West Elm (+6,4 %), Pottery Barn (+5,1 %) et le canal B2B (+14,5 %), tandis que les marques émergentes progressent à deux chiffres.

La marge brute non‑GAAP s’est établie à 45,5 %, en recul de 160 points de base en raison des coûts liés aux tarifs. Le bénéfice net GAAP a été boosté par un remboursement de tarifs de 200 millions de dollars ; hors cet effet ponctuel, le BPA non‑GAAP a augmenté de 5 % à 2,10 $.

Laetitia Lamari, invitée experte, commente : « On observe une fragmentation du marché qui laisse une large marge de progression aux leaders : même un gain de parts de marché de deux points représente plusieurs milliards. »


Bath & Body Works : digital en reprise mais ventes totales en repli

Bath & Body Works a vu ses ventes trimestrielles chuter de 2,3 % à 1,514 milliard de dollars pour le trimestre clos le 1er août, néanmoins moins que la fourchette précédemment anticipée.

Le canal direct a repris la croissance (+3 %), la première reprise digitale depuis 2021, soutenue par une baisse du seuil de livraison gratuite et une meilleure personnalisation du site. La marque a lancé la franchise Fruit Fusion avec Hilary Duff, a étendu ses ventes sur Amazon et dans environ 600 magasins Ulta, et sortira du segment home care.

La marge brute a été de 45,7 %, incluant environ 80 millions de dollars de remboursements de tarifs. Hors cet impact, la marge aurait été de 40,4 %, en recul de 90 points de base. Le résultat net s’élève à 118 millions de dollars ; le BPA ajusté atteint 0,62 $, soit 0,31 $ sans le remboursement.

Adrien Naeem souligne : « Les remboursements de tarifs améliorent les indicateurs financiers, mais la question est la durabilité : la reprise digitale est positive, il faudra mesurer si elle convertit en croissance durable. »

La société a relevé son objectif d’EPS ajusté à 2,60–2,80 $ et resserré son estimation de ventes annuelles à une baisse de 4 % à 2,5 %.


Abercrombie & Fitch : trimestre record et retour à la croissance comparable

Abercrombie a enregistré un trimestre record pour la période, avec 1,267 milliard de dollars de ventes, en hausse de 5 % sur un an. La marque Abercrombie a retrouvé des ventes comparables positives (+4 %) et Hollister a vu ses ventes nettes progresser de 2 %, malgré des comps en recul de 3 % liés à des tensions d’inventaire.

Le groupe a expliqué que la hausse des prix observée s’est accompagnée d’une croissance des unités vendues, signe que l’assortiment plaît et que la performance ne tient pas seulement à moins de promotions. Le trimestre a bénéficié d’environ 100 millions de dollars de remboursements IEEPA, mais la direction a affirmé que le cœur de l’activité surperformait largement les attentes.

Le résultat net attribuable a atteint 183,7 millions de dollars, en hausse de près de 30 % sur un an, et le BPA dilué s’établit à 4,17 $. Le groupe a relevé sa prévision de ventes annuelles autour de +5 % et porté son programme de rachats d’actions à au moins 500 millions de dollars.

Laetitia Lamari note : « Abercrombie illustre comment un assortiment fort et une exécution merchandising peuvent générer à la fois pricing power et croissance des volumes. »


Kohl’s : trafic en amélioration, ventes stables mais marge soutenue par des remboursements

Kohl’s a déclaré des ventes nettes de 3,3 milliards de dollars pour le trimestre clos le 1er août, en léger recul de 0,9 % (comps −0,9 %), sous les attentes de certains analystes. Le trafic en magasin a connu sa meilleure performance depuis des années, se rapprochant des niveaux de 2019, porté notamment par un rebond des détenteurs de la carte Kohl’s (+1 %).

Parmi les catégories, la maison a progressé de 1 %, les juniors de 10 % et Kohl’s Marketplace a vu ses ventes bondir de 88 % grâce à un élargissement de l’assortiment tiers. Les ventes Sephora at Kohl’s ont reculé de 4 % en raison de la distribution élargie de certaines grandes marques beauté.

La marge brute a fortement progressé (+305 points de base) à 43 %, aidée par environ 150 millions de dollars de remboursements de tarifs (dont ~100 millions impactant la marge). Le résultat net s’établit à 151 millions de dollars. Kohl’s a relevé son objectif annuel de comps à une fourchette de −1,5 % à 0 % et relance un programme de rachats d’actions allant jusqu’à 100 millions de dollars.

Adrien Naeem commente : « On voit des signes d’amélioration opérationnelle — trafic, clientèle carte — mais la pression sur les budgets des ménages reste une réalité qui façonne la stratégie promotionnelle pour les mois à venir. »


Analyse : un bénéfice ponctuel vs. la santé opérationnelle

Un élément commun aux quatre bilans est le rôle des remboursements de droits et tarifs (IEEPA) : Williams‑Sonoma (200 M$), Abercrombie (100 M$), Bath & Body Works (80 M$) et Kohl’s (150 M$) ont tous enregistré des flux qui ont soutenu la marge et les bénéfices sur la période. Les directions ont à chaque fois distingué cet effet ponctuel de la dynamique opérationnelle réelle.

Sur le plan opérationnel, les signaux sont hétérogènes : gains de parts de marché et acceleration chez Williams‑Sonoma et Abercrombie, redressement digital chez Bath & Body Works, et amélioration du trafic chez Kohl’s. Les prévisions relevées traduisent donc davantage des opportunités identifiées par les directions que des tendances de marché uniformes.

Laetitia Lamari conclut : « Le rebond des leaders s’appuie sur des leviers différents — assortiment, marketplace, B2B — ce qui rend la lecture sectorielle plus fine : chaque enseigne doit capitaliser sur ses forces. »

Adrien Naeem ajoute : « Les investisseurs regarderont désormais la qualité des ventes et la persistance des marges une fois les effets exceptionnels neutralisés. »


Ce que retenir. Les quatre enseignes lèvent leurs prévisions pour 2026, mais la robustesse sous‑jacente varie : il est crucial de distinguer l’effet ponctuel des remboursements de tarifs de la performance opérationnelle durable, sur laquelle reposera la crédibilité des orientations annoncées.