17 février 2026
USPS : perte de 1,3 Md$ au T1 2026 — le plan Delivering for America sous pression

USPS : perte de 1,3 Md$ au T1 2026 — le plan Delivering for America sous pression
L’essentiel : le service postal américain publie un déficit net de 1,3 milliard de dollars pour le premier trimestre fiscal 2026 (1er octobre‑31 décembre 2025). Les chiffres mettent en lumière des coûts salariaux et de santé en forte hausse et relancent le débat sur la stratégie « Delivering for America ».
Chiffres clés et causes du déficit
Le trimestre d’octobre à décembre 2025, traditionnellement le plus lucratif pour l’USPS, s’est soldé par une perte nette de 1,3 milliard de dollars. À titre de comparaison, la même période en 2024 avait dégagé un résultat positif de 144 millions de dollars, soit un recul d’environ 1,4 milliard en glissement annuel.
Parmi les facteurs détaillés par l’administration postale : une hausse des dépenses au titre des indemnités des travailleurs (+634 M$), une baisse des revenus d’exploitation (-264 M$), une augmentation des coûts des prestations santé retraités (+175 M$) et des autres charges d’exploitation (+169 M$), ainsi qu’une hausse des dépenses de transport (+43 M$).
Ces évolutions font suite à un exercice 2025 déjà lourd, marqué par une perte globale voisine de 9 milliards de dollars, et placent l’USPS sur une trajectoire qui pourrait conduire à une perte cumulée estimée à 8,1 milliards pour 2026 si rien ne change.
Analyse des experts : Laetitia Lamari et Adrien Naeem
Laetitia Lamari, consultante en stratégie opérationnelle, souligne la nature structurelle du problème :
« La trajectoire financière est alarmante et exige des mesures concrètes, pas seulement des hausses tarifaires ponctuelles. »
Elle met en garde contre une logique de court terme qui risquerait d’éroder le cœur du modèle postal.
Adrien Naeem, spécialiste des politiques publiques, insiste sur l’impact des décisions tarifaires :
« Les hausses de tarifs et la focalisation sur les colis fragilisent le cœur du service postal et aggravent la fuite des volumes de courrier, principale source de revenus historiques. »
Les deux experts appellent à combiner contrôles de coûts, amélioration de la productivité et réformes réglementaires pour éviter une détérioration supplémentaire du service.
Contexte réglementaire et politique
Depuis 2021, la stratégie dite Delivering for America a accompagné une réorientation vers le colis au détriment du courrier traditionnel. Selon les bilans disponibles, l’USPS a accumulé plus de 25 milliards de dollars de pertes depuis le lancement de ce plan, malgré l’apport de 10 milliards de dollars via le CARES Act (2021) et la résolution de 120 milliards de dollars de passifs grâce au Postal Service Reform Act (2022).
En décembre 2025, le Postmaster General a demandé à la Postal Regulatory Commission (PRC) une liberté accrue pour augmenter les tarifs du secteur « Market Dominant ». Il a, selon le rapport financier, reconnu la possibilité d’une insolvabilité de l’USPS d’ici février 2027, si la trajectoire financière n’est pas corrigée.
La PRC a néanmoins limité la capacité de hausse tarifaire en décidant que les augmentations pour le secteur « Market Dominant » ne pourront intervenir qu’une fois par an du 1er mars 2026 au 30 septembre 2030, jugeant que des hausses semiannuelles ne produiraient qu’un gain marginal et que des mesures de maîtrise des coûts seraient plus appropriées.
Réactions d’acteurs extérieurs
Des voix politiques et associatives demandent des changements plus profonds. L’ancien député Kevin Yoder, aujourd’hui directeur exécutif de l’association Keep US Posted, plaide pour l’abandon du plan actuel :
« Le plan Delivering for America devrait être marqué ‘retour à l’envoyeur’. Il est temps pour le Congrès d’adopter le projet de loi USPS SERVES US afin de restaurer fiabilité et accessibilité. »
Ce projet de loi propose notamment de limiter les hausses tarifaires à une fois par an, de lier l’autorité tarifaire à la productivité et à la qualité de service, et de créer un bureau autonome de défense du client.
Enjeux et scénarios
Trois options se dégagent :
- renforcer la politique de croissance commerciale et d’efficience opérationnelle, en s’appuyant sur le réseau de distribution dernier kilomètre ;
- appliquer des hausses tarifaires plus agressives pour capter des recettes à court terme (option limitée par la PRC) ;
- engager des réformes législatives structurelles pour rééquilibrer tarification, obligations de service et gouvernance.
Pour Laetitia Lamari, la priorité est claire :
« Sans gains de productivité mesurables et sans restauration du volume de courrier, les hausses de prix seules ne suffiront pas. »
Adrien Naeem ajoute que la confiance des usagers et des entreprises dépendra de résultats rapides sur la fiabilité du service.
Conclusion
Le rapport du premier trimestre fiscal 2026 met en lumière un dilemme persistant : comment concilier viabilité financière, mission de service universel et acceptabilité tarifaire ? Les chiffres récents et les réserves des autorités de régulation rendent urgente une stratégie mixte — optimisation interne, clarté réglementaire et possible réforme législative — pour éviter un recours massif à une aide publique ou une dégradation durable du service.
Les décisions prises dans les prochains mois seront déterminantes pour l’avenir du courrier aux États‑Unis et pour la viabilité du modèle postal.