29 mai 2026
Vinted : 10,8 milliards d’euros générés pour les vendeurs en 2025 — bilan économique et environnemental
Vinted : 10,8 milliards d’euros générés pour les vendeurs en 2025
Vinted revendique 10,8 milliards d'euros de revenus pour les vendeurs en 2025, tandis que les acheteurs auraient économisé 21,6 milliards d'euros, selon le rapport annuel publié par la plateforme. Le document, qui porte sur 38,1 % des achats de mode adulte sur six marchés clés (France, Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Italie et Pologne), dresse un bilan à la fois économique et environnemental de l’essor de la seconde main.
Économie de la seconde main : réductions et comportements d’achat
Le rapport relève une décote moyenne de 72 % par rapport aux prix d’origine pour les articles vendus via la plateforme, avec des écarts sectoriels marqués : 69 % d’économie pour certains hauts féminins ou vêtements de sport masculins, et 75 % pour les jeans femme.
Selon le document, 88 % des acheteurs consultent l’application avant tout achat neuf et 60 % utilisent la plateforme pour faire face à l’inflation. Du côté des vendeurs, 42 % expliquent vendre pour obtenir un retour sur un vêtement inutilisé et 52 % pour éviter de jeter des pièces encore viables. Vinted affirme par ailleurs que 31 % des utilisateurs réinjectent les gains issus de la revente dans des dépenses domestiques courantes.
Impact carbone : gains déclarés, émissions opérationnelles élevées
Sur l’axe environnemental, Vinted avance un chiffre d’émissions nettes évitées de 1 607 kilotonnes d’équivalent CO2 pour 2025, calculé via la méthodologie du Waste and Resources Action Programme (WRAP). La plateforme indique que trois quarts des achats effectués sur son service génèreraient moins d’émissions qu’un achat neuf comparable, avec une économie moyenne de 2,39 kg CO2 par transaction et une valeur atteignant 4,54 kg CO2 pour un jean féminin.
En revanche, l’activité opérationnelle de la plateforme aurait produit 1 092,6 kilotonnes d’équivalent CO2 sur l’année, la logistique représentant 94 % de ces émissions. Dans le détail, Vinted impute environ 385 kilotonnes aux transporteurs et plus de 604 kilotonnes aux déplacements des utilisateurs. Chaque transaction se traduirait par 1,22 kg CO2 en prenant en compte acheminement et emballages, ces derniers pesant plus de 35 kilotonnes au total.
Réaction d’experts : entre opportunité sociale et défis logistiques
Laetitia Lamari, consultante spécialisée en distribution, met en perspective les chiffres économiques. Elle rappelle que ces économies pour les consommateurs et ces revenus pour les vendeurs interviennent « dans un contexte de pression sur le pouvoir d’achat », et souligne que la réorientation vers la seconde main paraît désormais ancrée dans les pratiques d’achat de masse.
Adrien Naeem, expert en stratégie durable, insiste pour sa part sur la dualité du bilan climatique : « Les gains d’émissions liés à la non‑production sont réels, mais la logistique génère des émissions significatives qu’il faut adresser », note-t-il. Il pointe la part écrasante des livraisons et des déplacements utilisateurs dans l’empreinte opérationnelle et suggère d’accélérer les efforts sur le dernier kilomètre et les emballages.
Critiques et tensions avec le commerce de détail traditionnel
La publication de ces résultats intervient dans un climat de tensions. Certaines instances professionnelles estiment que le développement de plateformes comme Vinted peut encourager une forme de renouvellement rapide des garde‑robes — vendre pour racheter — ce qui limiterait les bénéfices attendus pour la durabilité et fragiliserait le commerce de première main.
La plateforme a développé sa propre solution logistique, Vinted Go, et c’est précisément cette montée en puissance logistique qui alimente des débats : la massification des flux permet la croissance mais accroît aussi l’empreinte carbone liée aux livraisons.
Performance commerciale et diversification
Sur le plan financier, Vinted avait annoncé en avril 2026 un chiffre d’affaires de 1,1 milliard d’euros pour 2025, en hausse de 38 % sur un an. La progression avait été soutenue par le lancement de nouvelles catégories (électronique, articles pour la maison) et par l’expansion de la plateforme dans trois nouveaux pays.
Conclusions : opportunités à consolider
Le rapport de Vinted confirme que la plateforme joue un rôle important dans la diffusion de la seconde main et dans l’économie résidentielle des vendeurs. Toutefois, les données soulignent aussi des défis concrets : réduire l’impact logistique, optimiser les emballages et éviter que la revente ne se transforme en moteur de consommation soutenue.
Pour Laetitia Lamari comme pour Adrien Naeem, la trajectoire future dépendra de l’équilibre que Vinted et l’ensemble du secteur sauront trouver entre croissance commerciale, efficacité logistique et gains environnementaux tangibles.