8 mars 2026
Guerre technologique : 600 milliards de dollars des GAFAM, quelles conséquences pour le SaaS et l'e‑commerce ?

Guerre technologique : 600 milliards de dollars des GAFAM, quelles conséquences pour le SaaS et l'e‑commerce ?
Résumé — Les géants du numérique prévoient des investissements massifs dans l'intelligence artificielle, tandis que le secteur du logiciel traverse une forte turbulence boursière. Laetitia Lamari et Adrien Naeem analysent les risques pour les éditeurs SaaS et les marchands en ligne, et soulignent l'urgence d'une transformation maîtrisée.
Contexte : un séisme financier et un investissement massif
Ces dernières semaines, le secteur du logiciel a perdu près de 1 000 milliards de dollars de valorisation, illustrant une nervosité inédite des marchés. Face à cela, les grandes plateformes annoncent une montée en puissance : Amazon, Google, Meta et Microsoft devraient investir de l'ordre de 600 milliards de dollars dans l'IA, une hausse d'environ 35 % selon les données relayées.
« C'est une guerre technologique », résume Laetitia Lamari. Selon elle, cet effort de guerre pèse sur les marges et va probablement se traduire par une pression accrue sur les prix des abonnements SaaS.
Pourquoi le marché panique-t‑il ?
Pour Laetitia, la première explication est simple : la peur du remplacement. Le marché redoute que des fondations d'IA — produites par d'autres acteurs — viennent absorber des fonctions jusque‑là assurées par les solutions SaaS traditionnelles. Le cas récent : ServiceNow a chuté de plus de 7 % début février après des annonces d'acteurs comme Anthropic, ce qui a contribué à la panique.
Adrien Naeem nuance : « la réalité, c'est l'hybride ». Il estime que l'IA sera intégrée dans les solutions SaaS plutôt que de les faire disparaître du jour au lendemain. « Je conçois pas que les SaaS vont disparaître », dit‑il, soulignant la nécessité de transformation plutôt que d'obsolescence instantanée.
Impact direct sur l'e‑commerce
Les deux experts s'accordent sur un point : le modèle économique de la distribution logicielle est en pleine mutation. Laetitia note que 61 % des entreprises SaaS sont déjà passées à un modèle à l'usage. Dans le commerce en ligne, cela signifie une facturation potentiellement liée au nombre de transactions, de visuels générés ou d'appels à des modèles de langage, plutôt qu'à des licences administrateur fixes.
Adrien insiste sur le danger des coûts d'exploitation : « tes coûts de génération d'images, de vidéos… explosent », raconte‑t‑il, et cela crée une dépendance coûteuse et difficile à prévoir pour les marchands.
Les GAFAM payent la facture — au final, qui paiera ?
L'ampleur des investissements (600 Md$) pèse sur la structure de coûts : serveurs ultra‑puissants, centres de données, et infrastructures LLM. Laetitia avertit : « il y a quelqu'un qui devra payer pour ces nouveaux serveurs… encore les marchands qui vont devoir mettre la main à la poche. »
Le cas de SAP est évoqué comme contrepoint : malgré un carnet de commandes cloud en hausse de 22 % à fin 2025, la bourse s'inquiète du coût de cette transition. Les éditeurs peuvent voir leurs marges comprimées par l'effort d'investissement.
Vers quel nouveau modèle économique ?
Les intervenants pointent plusieurs tendances :
- passage massif au paiement à l'usage (usage‑based pricing) ;
- besoin de transparence sur les coûts (difficile à anticiper aujourd'hui) ;
- probable consolidation du marché : « ça va faire le ménage dans tout le stack technologique en 2026 », estime Laetitia.
Adrien appelle à la mesure : « on va continuer à avoir du SaaS, avec de l'IA partout, mais la maturité des entreprises et des usages prendra du temps. »
Recommandations opérationnelles
Laetitia conseille d'être sélectif : prioriser les outils qui intègrent véritablement de l'IA et répondent à des cas d'usage mesurables. Le Gartner anticipe des dépenses logicielles massives (environ 1 400 milliards de dollars), mais les investisseurs deviendront plus exigeants : moins de tests « one shot », plus d'allocations sur des solutions maîtrisées et rentables.
Adrien rappelle l'importance de l'hybridation technologie‑humain : former, intégrer et piloter les agents IA plutôt que de se précipiter dans l'empilement de couches technologiques.
Signaux à suivre
Parmi les éléments à surveiller dans les prochains mois :
- évolutions de tarification des plateformes SaaS ;
- consolidation sectorielle et disparition d'acteurs intermédiaires ;
- maturité des usages chez les marchands et consommateurs ;
- nouveaux modèles de facturation liés aux usages IA.
Anecdote et proximité
Laetitia raconte une anecdote personnelle qui illustre la banalisation des GAFAM auprès des plus jeunes : sa fille de CM2 a pu citer les GAFAM et faisait la distinction entre ces acteurs et des acteurs récents comme OpenAI. « OpenAI… ils ne font pas partie des GAFAM », lui a dit sa fille, une remarque qui montre combien ces sujets sont rentrés dans le quotidien.
Agenda et événements repérés
Laetitia et Adrien signalent plusieurs rendez‑vous professionnels prochains : le Lunch de l'e‑commerce le 5 mars à Paris, l'afterwork Wire le 19 mars et l'événement B2B Brands to Buyers le 31 mars 2025. Laetitia sera par ailleurs sollicitée pour un reportage diffusé le 8 mars, qui reviendra sur le bilan de TikTok Shop et les enjeux d'addiction algorithmique.
Conclusion
Le message des deux experts est clair : l'IA transforme le paysage SaaS et e‑commerce, mais la transition sera subie différemment selon les acteurs. Entre investissement massif des GAFAM, pression sur les marges des éditeurs et explosion possible des coûts d'usage, les entreprises doivent prioriser, mesurer et piloter leurs initiatives IA pour éviter une facture trop salée.
« Il va falloir être sélectif » (Laetitia Lamari).
« La réalité, c'est l'hybride » (Adrien Naeem).